L'ombre de la Vallée
Pourquoi Synge ?
Pourquoi monter un classique ?
Shakespeare a porté sur le théâtre pour la première fois l’histoire des rois et des princes. Avec Le Tartuffe, Molière a fait figurer pour la première fois la famille bourgeoise sur la scène du théâtre, découvrant les traits qu’elle a gardés jusqu’aujourd’hui. On pourrait comparer les œuvres du passé à des navires engloutis, des architectures brisées que nous ramenons à la lumière par morceaux, sans jamais les reconstituer car de toute façon l’usage en est perdu, mais en fabriquant, avec les morceaux, d’autres choses. Le travail du metteur en scène et des acteurs ne consisterait donc pas à dépoussiérer mais au contraire à montrer les fractures du temps.

Comment est-il possible de monter encore des classiques ? Pour reprendre la formule d’Antoine Vitez, tout simplement parce que le temps est court et que les œuvres du passé sont durables, pas éternelles mais durables et qu’elles sont notre mémoire. Peu de siècles se sont écoulés depuis Shakespeare et on le jouera tant que durera le système politique qu’il a peint.
Qu’en est-il du théâtre de Synge ? Est-ce qu’un spectateur de notre temps serait susceptible d’y trouver quelque-chose qui le concerne, qui le touche ? La prose si particulière de Synge, sous l’influence des langues oubliées d’Irlande reste intemporelle, le poème n’a pas perdu de son sens ni de sa virulence et le temps n’a pas entamé sa force dramatique. Son théâtre mérite aujourd’hui de retrouver un public.
La langue de Synge, ou du moins ce que nous en donne à voir la traduction, est bien particulière et sait concilier une certaine oralité presque triviale dans l’action avec une poésie « écrite » non dénuée de lyrisme.
Le premier travail avec les acteurs a été de trouver le rythme et la respiration de ce texte mais aussi de réussir à le lire comme pouvaient le faire ceux pour qui il a été écrit, cela peut paraître étonnant mais aussi de savoir ce que veulent dire les mots et à qui ils s’adressent.
Sans chercher à reconstituer et à mimer la manière dont les irlandais jouaient cette pièce, il nous a fallu pourtant la reconstituer dans l’imagination. Il est important de sauvegarder l’énigme et le mystère de cette pièce en évitant de la rapprocher de nous artificiellement par l’actualisation. De même pour la mise en scène qui n’accumule pas les signes du réel et évite le naturalisme, la langue se suffisant à elle-même et ne méritant pas qu’on en rajoute de ce côté. La scénographie se compose d’un cube de trois mètres sur trois, alliage de métal et de bois. L’armature de la maison, l’essence même de l’histoire. Les costumes ont leur importance car leurs conséquences sur le comportement physique des acteurs vient enrichir leur jeu.
La mise en espace est bien spécifique puisque les acteurs sont amenés à jouer dans une grande proximité avec le public, placé tout autour du cube, proximité destinée à accentuer l’étrangeté, l’énigme, car plus un acteur est près du public, plus il préserve son mystère. L’action se situe donc dans cette ébauche de maison, cube dont on ne voit que les arêtes, et dont quatre pans se referment parfois pour laisser place aux ombres ; ombres de l’histoire notamment, la grande, celle qui se joue à Dublin et qui laisse présager la guerre civile qui par la suite
enflammera l’Irlande et servira de terrain d’expérimentation pour tous les gouvernements soucieux de mater les insurrections populaires. ( sans grand succès puisque les britanniques ont systématiquement répondu aux actes terroristes de l’IRA par la force armée, ne parvenant qu’à renforcer le terrorisme en Irlande du Nord, leçon qui n’a guère été retenue au regard des évènements qui agitent actuellement le Moyen-Orient…) Le spectacle tend toujours à éclairer l’histoire de ce couple qui se déchire au fin fond d’une vallée perdue au regard du contexte historique, le but de cette mise en lumière n’étant pas de noyer l’histoire de Synge sous les références mais au contraire de révéler ces ombres si chères à l’auteur et de laisser place à la parole "nue", afin que la magie de cette langue si particulière puisse à nouveau retentir et faire son chemin en chacun de nous.
Pourquoi monter un classique ?
Shakespeare a porté sur le théâtre pour la première fois l’histoire des rois et des princes. Avec Le Tartuffe, Molière a fait figurer pour la première fois la famille bourgeoise sur la scène du théâtre, découvrant les traits qu’elle a gardés jusqu’aujourd’hui. On pourrait comparer les œuvres du passé à des navires engloutis, des architectures brisées que nous ramenons à la lumière par morceaux, sans jamais les reconstituer car de toute façon l’usage en est perdu, mais en fabriquant, avec les morceaux, d’autres choses. Le travail du metteur en scène et des acteurs ne consisterait donc pas à dépoussiérer mais au contraire à montrer les fractures du temps.

Comment est-il possible de monter encore des classiques ? Pour reprendre la formule d’Antoine Vitez, tout simplement parce que le temps est court et que les œuvres du passé sont durables, pas éternelles mais durables et qu’elles sont notre mémoire. Peu de siècles se sont écoulés depuis Shakespeare et on le jouera tant que durera le système politique qu’il a peint.
Qu’en est-il du théâtre de Synge ? Est-ce qu’un spectateur de notre temps serait susceptible d’y trouver quelque-chose qui le concerne, qui le touche ? La prose si particulière de Synge, sous l’influence des langues oubliées d’Irlande reste intemporelle, le poème n’a pas perdu de son sens ni de sa virulence et le temps n’a pas entamé sa force dramatique. Son théâtre mérite aujourd’hui de retrouver un public.
La langue de Synge, ou du moins ce que nous en donne à voir la traduction, est bien particulière et sait concilier une certaine oralité presque triviale dans l’action avec une poésie « écrite » non dénuée de lyrisme.

Le premier travail avec les acteurs a été de trouver le rythme et la respiration de ce texte mais aussi de réussir à le lire comme pouvaient le faire ceux pour qui il a été écrit, cela peut paraître étonnant mais aussi de savoir ce que veulent dire les mots et à qui ils s’adressent.
Sans chercher à reconstituer et à mimer la manière dont les irlandais jouaient cette pièce, il nous a fallu pourtant la reconstituer dans l’imagination. Il est important de sauvegarder l’énigme et le mystère de cette pièce en évitant de la rapprocher de nous artificiellement par l’actualisation. De même pour la mise en scène qui n’accumule pas les signes du réel et évite le naturalisme, la langue se suffisant à elle-même et ne méritant pas qu’on en rajoute de ce côté. La scénographie se compose d’un cube de trois mètres sur trois, alliage de métal et de bois. L’armature de la maison, l’essence même de l’histoire. Les costumes ont leur importance car leurs conséquences sur le comportement physique des acteurs vient enrichir leur jeu.
La mise en espace est bien spécifique puisque les acteurs sont amenés à jouer dans une grande proximité avec le public, placé tout autour du cube, proximité destinée à accentuer l’étrangeté, l’énigme, car plus un acteur est près du public, plus il préserve son mystère. L’action se situe donc dans cette ébauche de maison, cube dont on ne voit que les arêtes, et dont quatre pans se referment parfois pour laisser place aux ombres ; ombres de l’histoire notamment, la grande, celle qui se joue à Dublin et qui laisse présager la guerre civile qui par la suite
enflammera l’Irlande et servira de terrain d’expérimentation pour tous les gouvernements soucieux de mater les insurrections populaires. ( sans grand succès puisque les britanniques ont systématiquement répondu aux actes terroristes de l’IRA par la force armée, ne parvenant qu’à renforcer le terrorisme en Irlande du Nord, leçon qui n’a guère été retenue au regard des évènements qui agitent actuellement le Moyen-Orient…) Le spectacle tend toujours à éclairer l’histoire de ce couple qui se déchire au fin fond d’une vallée perdue au regard du contexte historique, le but de cette mise en lumière n’étant pas de noyer l’histoire de Synge sous les références mais au contraire de révéler ces ombres si chères à l’auteur et de laisser place à la parole "nue", afin que la magie de cette langue si particulière puisse à nouveau retentir et faire son chemin en chacun de nous. D'après un texte de John Millington Synge

Sur une mise en scène de Sophie Baudeuf (
),Avec Barbara Goguier (
),Arthur Bénali (
) , Cyril Couton (
),Olivier Lemarchand,
Géraldine Godemert,
Décors d'Yvan Raduscenzka,
Lumières et Régie de Richard Couton (
) .
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