Un Travail Noir de Racines
Continuant notre recherche sur les poètes de la Beat Génération américaine, La Cie Interlope s’est intéressée aux travaux de Gary Snyder, qui fut tour à tour garde forestier, marin, moine zen, spécialiste de la culture des indiens d’Amérique, initié au peyotl…
Personnage central du roman de Jack Kérouac Les clochards célestes, voici comment le narrateur Ray (alias Jack Kérouac) décrit son ami Japhy Ryder (alias Gary Snyder) :
"C’est le plus follement intelligent de tous les gars les plus dingues que j’ai connu. Voilà deux ans que je suis ici et je n’ai pas encore rencontré un seul type qui vaille vraiment la peine d’être connu ou qui possède une intelligence authentique et inspirée. J’en étais venu à désespérer de la côte Ouest. En plus de toutes ses connaissances sur la culture orientale, Pound, le peyotl, les bhikkhus, l’alpinisme, ouais, Japhy est le type du nouveau héros de la culture américaine."
Snyder et les autres écrivains de la "Beat Generation" sont à l’origine de ce qu’on a appelé "la renaissance poétique de San Francisco", une renaissance aux manifestations bruyantes, mais dont le côté "bruyant" a longtemps facilité l’identification de ce mouvement à une simple révolte contre "l’establishment" littéraire et le mode de vie américain, et ce malgré les nombreuses dénégations de Ginsberg par exemple. La révolte des écrivains "beat" contre tout conformisme-y compris le conformisme de l’anti-conformisme-est réelle ; mais plutôt que de révolte, il s’agit d’un refus du système étatique de destruction de l’individu et de l’environnement ; refus de faire partie du troupeau des "moutons hystériques" (Snyder) qui organisent la chasse aux nouvelles sorcières-ceux qu’on étiquette comme fous, drogués, homosexuels-refus enfin de toute pollution du cerveau : Snyder veut déblayer les monceaux d’ordures entassés dans l’esprit par les mass-média et les universités-supermarchés.
Cette pratique de la libération implique une pratique de l’écriture en tant qu’exercice d’éveil. Comme les haikus écrits par les moines zen japonais, les poèmes de Snyder surprennent à la fois par leur côté évident, apparemment à la portée de chacun, et une sorte de résistance à toute effraction du sens, à toute interprétation, à tout commentaire. Le langage n’a pas ici pour fonction de transmettre un message ; il est l’instrument d’un exercice destiné à aiguiser l’esprit, un exercice où chaque mot joue comme un condensateur d’énergie pourrait-on dire. Comme les haïkus, les poèmes de Snyder sont donc brefs, extrêmement denses, concis, et énigmatiques car ils tendent à la suspension du sens, à une sorte d’arrêt de la pensée, soit au satori du Zen.
C’est cette influence des haïkus qui nous a fait associer aux poèmes de Snyder ceux du japonais Takuboku ainsi que ceux du poète Frank Holden. Chacune des œuvres se croisent et se répondent en un curieux va-et-vient ou se mêle les voix des récitants et la composition musicale.
Pour Gary Snyder, la véritable énergie n’est pas celle qu’on tire du pétrole ou du charbon, mais l’énergie (ou les pouvoirs) du dedans, une énergie qui repose non dans les profondeurs de la terre, mais dans celles de l’esprit ; la fameuse "crise de l’énergie" dit-il non sans humour, est donc bien le problème n°1 de l’Occident, mais n’est pas celle qu’on croit…Il ne s’agit pas de trouver un moyen (dangereux : l’énergie nucléaire) de perpétuer l’intoxication des pays occidentaux à la drogue-énergie mais- et c’est là le but du tantrisme-d’explorer tous les courants d’énergie qui constituent nos royaumes intérieurs, d’accéder à cet arrière-pays occulté, maudit, et secrètement exploité par l’Occident qu’est notre inconscient. Participer à l’underground de la contre-culture, c’est donc aussi pour Snyder explorer et reconnaître par les mots tous les souterrains de l’esprit.
Avec Lila Tamazit (
), récitante
Sophie Baudeuf (
), récitante
Bertrand Marquigny, récitant
Baptiste Dubreuil (
), piano
Vidéo par La Cellule 0038753K
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Extrait Vidéo
Personnage central du roman de Jack Kérouac Les clochards célestes, voici comment le narrateur Ray (alias Jack Kérouac) décrit son ami Japhy Ryder (alias Gary Snyder) :

"C’est le plus follement intelligent de tous les gars les plus dingues que j’ai connu. Voilà deux ans que je suis ici et je n’ai pas encore rencontré un seul type qui vaille vraiment la peine d’être connu ou qui possède une intelligence authentique et inspirée. J’en étais venu à désespérer de la côte Ouest. En plus de toutes ses connaissances sur la culture orientale, Pound, le peyotl, les bhikkhus, l’alpinisme, ouais, Japhy est le type du nouveau héros de la culture américaine."
Snyder et les autres écrivains de la "Beat Generation" sont à l’origine de ce qu’on a appelé "la renaissance poétique de San Francisco", une renaissance aux manifestations bruyantes, mais dont le côté "bruyant" a longtemps facilité l’identification de ce mouvement à une simple révolte contre "l’establishment" littéraire et le mode de vie américain, et ce malgré les nombreuses dénégations de Ginsberg par exemple. La révolte des écrivains "beat" contre tout conformisme-y compris le conformisme de l’anti-conformisme-est réelle ; mais plutôt que de révolte, il s’agit d’un refus du système étatique de destruction de l’individu et de l’environnement ; refus de faire partie du troupeau des "moutons hystériques" (Snyder) qui organisent la chasse aux nouvelles sorcières-ceux qu’on étiquette comme fous, drogués, homosexuels-refus enfin de toute pollution du cerveau : Snyder veut déblayer les monceaux d’ordures entassés dans l’esprit par les mass-média et les universités-supermarchés.
Cette pratique de la libération implique une pratique de l’écriture en tant qu’exercice d’éveil. Comme les haikus écrits par les moines zen japonais, les poèmes de Snyder surprennent à la fois par leur côté évident, apparemment à la portée de chacun, et une sorte de résistance à toute effraction du sens, à toute interprétation, à tout commentaire. Le langage n’a pas ici pour fonction de transmettre un message ; il est l’instrument d’un exercice destiné à aiguiser l’esprit, un exercice où chaque mot joue comme un condensateur d’énergie pourrait-on dire. Comme les haïkus, les poèmes de Snyder sont donc brefs, extrêmement denses, concis, et énigmatiques car ils tendent à la suspension du sens, à une sorte d’arrêt de la pensée, soit au satori du Zen.
C’est cette influence des haïkus qui nous a fait associer aux poèmes de Snyder ceux du japonais Takuboku ainsi que ceux du poète Frank Holden. Chacune des œuvres se croisent et se répondent en un curieux va-et-vient ou se mêle les voix des récitants et la composition musicale.
Pour Gary Snyder, la véritable énergie n’est pas celle qu’on tire du pétrole ou du charbon, mais l’énergie (ou les pouvoirs) du dedans, une énergie qui repose non dans les profondeurs de la terre, mais dans celles de l’esprit ; la fameuse "crise de l’énergie" dit-il non sans humour, est donc bien le problème n°1 de l’Occident, mais n’est pas celle qu’on croit…Il ne s’agit pas de trouver un moyen (dangereux : l’énergie nucléaire) de perpétuer l’intoxication des pays occidentaux à la drogue-énergie mais- et c’est là le but du tantrisme-d’explorer tous les courants d’énergie qui constituent nos royaumes intérieurs, d’accéder à cet arrière-pays occulté, maudit, et secrètement exploité par l’Occident qu’est notre inconscient. Participer à l’underground de la contre-culture, c’est donc aussi pour Snyder explorer et reconnaître par les mots tous les souterrains de l’esprit.
Avec Lila Tamazit (
), récitanteSophie Baudeuf (
), récitanteBertrand Marquigny, récitant
Baptiste Dubreuil (
), pianoVidéo par La Cellule 0038753K
.Extrait Vidéo


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